Vidéo : "Il faudra restructurer les cabinets probablement par des rapprochements"
Chaque semaine, nous interviewons un expert-comptable et/ou commissaire aux comptes sur une question d'actualité. Michel Tudel nous livre, en vidéo, sa vision de la profession comptable de demain ainsi que les pistes de réflexion pour son cabinet et son réseau.
L'ouverture du capital et des droits de vote dans les cabinets comptables va-t-elle impacter votre profession ?
Cela affectera notre cabinet et notre réseau. Mais aussi toute la profession. En effet, l'ouverture du capital va accompagner notre souhait de passer d'une profession prestataire de services à de véritables entreprises de services. Pour effectuer cette mutation, il faudra forcément du capital tout d'abord pour financer les investissements informatiques à réaliser. Mais aussi parce que la profession est extrêmement balkanisée en France. Il faudra donc restructurer les cabinets probablement par des rapprochements. Donc l'idée d'ouvrir le capital à des investisseurs est non seulement une bonne chose mais quasiment nécessaire si nous voulons que les cabinets comptables en France évoluent vers le conseil sous la forme d'entreprises de services.
Quels investisseurs sont intéressés pour entrer dans les cabinets comptables ?
A mon avis tout ce qui touchera aux financiers que ce soit des banques, du capital risque ou d'autres groupements de ce type là. De toute façon, comme les experts-comptables gardent la majorité du capital, cela ne pose pas de souci d'autant plus qu'il y aura certainement une révision du code déontologique de l'expert-comptable notamment pour que le professionnel garde son indépendance tout en continuant à réaliser des travaux de grande qualité.
Plus précisément, à quoi peut servir l'arrivée de ces fonds ?
Cela apportera tout d'abord le cash nécessaire aux investissements qui nous permettent de nous regrouper. Car le rapprochement de cabinets met en œuvre aujourd'hui des sommes qui peuvent être assez considérables. Cela tient à la prédominance des cabinets d'expertise comptable en matière de conseil et au monopole de la tenue de comptabilité même si celui-ci est quelque peu fissuré dans les faits. Et il faut investiguer d'autres territoires. Par exemple celui de l'assistance aux personnes physiques. Ce qui nécessite d'investir en matière de formation car ce marché ne viendra pas à nous de façon automatique. De même, il faut explorer la gestion patrimoniale et la fiscalité personnelle, ce qui oblige à recourir à des outils informatiques dont le coût est élevé.
Votre cabinet et/ou votre réseau sont-ils intéressés par ces investisseurs ?
Tout à fait parce que nous sommes déjà très tournés vers tout ce qui est traitement de l'information. Notre réseau a bâti sa spécificité sur l'outsourcing voire sur le co-sourcing. Nous sommes capables de proposer de la comptabilité en temps réel pour des clients qui se situent en France, en Europe ou aux Etats-Unis. Ce qui signifie que l'on doit gérer aussi parfois fois les fuseaux horaires d'ouverture. Les systèmes que l'on a mis en place pourront, avec ces financiers, être développés beaucoup plus vite qu'aujourd'hui. De plus, nous obtenons de nouvelles possibilités parce que nous pourrons aussi accessoirement réaliser des actes de commerce. Cela est très important pour des activités comme la paie qui, bien que non réglementée aujourd'hui, est occupée en France par un seul opérateur. Et je pense qu'une forme de concurrence forte de la part des experts-comptables sur la paie sera tout à fait bénéfique. Mais il faudra probablement qu'ils se regroupent au travers de plateformes techniques et donc qu'il y ait un input financier important.
Vous parlez beaucoup du traitement de l'information, ça semble être un enjeu très important pour votre profession ?
C'est un enjeu très important parce que nous voyons bien comment la profession a évolué pour prendre en compte les nouvelles technologies dans l'amélioration du traitement des informations comptables. Nous avons connu il y a 10 ou 15 ans un premier progrès avec l'apparition du scanner, appareil qui nous a permis d'intégrer directement les écritures de banque en comptabilité. Intérêt : gain de temps et introduction d'un process industriel dans les cabinets. Aujourd'hui, les échanges interbancaires nous permettent d'améliorer ce système et d'une façon plus générale tous les développements EDI (échanges de données informatisées) continuent sur la voie d'une meilleure productivité. Donc je crois beaucoup à cette forme d'industrialisation du traitement de l'information financière. Et je tiens beaucoup à ce développement en France contrairement à certains réseaux qui ont installé des plateformes techniques à l'étranger. Qu'il s'agisse du réseau Absoluce ou du cabinet Sygnatures, nous sommes toujours restés franco-français grâce aux gains de productivité obtenus d'une part par la recherche permanente initiée dans les cabinets et d'autre part par la mise en œuvre d'un outil informatique performant.
Comment se positionne l'expert-comptable par rapport aux prestataires informatiques tant chez les grands comptes que dans les PME/PMI ?
La prestation informatique pour la TPE n'est qu'un support. Ce que cherchent ces entreprises, c'est être accompagnées, conseillées. Pour faire du conseil, il faut quand même aussi des mesures de performances de l'entreprise et il vaut mieux les avoir toujours en temps réel. C'est toujours intéressant d'avoir un bilan, des situations, mais lorsqu'on les obtient 3 ou 4 mois après la date, c'est un peu tard alors qu'aujourd'hui nous sommes tout à fait capables grâce à ces systèmes informatiques là de répondre à nos clients de façon hebdomadaire sur la performance économique de l'entreprise. Mais le plus important est d'avoir un spécialiste compétent pour être l'interlocuteur du chef d'entreprise. Donc nous ne sommes pas forcément en forte concurrence avec les SSII [sociétés de services et d'ingénierie informatique, ndlr] sur cette prestation là.